{"id":4047,"date":"2019-05-23T04:59:57","date_gmt":"2019-05-23T08:59:57","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=4047"},"modified":"2019-05-23T04:59:57","modified_gmt":"2019-05-23T08:59:57","slug":"36-rue-saint-charles-du-poete-ronald-jean-baptiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/haiti-observateur.news\/?p=4047","title":{"rendered":"\u00ab 36, Rue Saint-Charles \u00bb du po\u00e8te Ronald Jean-Baptiste"},"content":{"rendered":"<p><strong>LITT\u00c9RATURE ET PO\u00c9SIE<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab <em>36, Rue Saint-Charles<\/em> \u00bb du po\u00e8te Ronald Jean-Baptiste <\/strong><em>Par Louis Carl Saint-Jean<\/em><\/p>\n<p>Ronald Jean-Baptiste, qui a pouss\u00e9 son premier cri au 36 de la rue Saint-Charles, aux Gona\u00efves, la fi\u00e8re Cit\u00e9 de notre Ind\u00e9pendance, est un admirable po\u00e8te. Mieux : il est un po\u00e8te ha\u00eftien et non un Ha\u00eftien po\u00e8te. Encore mieux, il est un artiste, un artiste ha\u00eftien, si je prends ce mot dans le sens que lui a donn\u00e9 son idole et concitadin, l\u2019illustre romancier Jacques St\u00e9phen Alexis.<\/p>\n<p>Ronald Jean-Baptiste, comme tout artiste engag\u00e9, est un fin observateur de la soci\u00e9t\u00e9. Il a observ\u00e9 la vie ha\u00eftienne sous toutes ses facettes, surtout la vie dans le \u00ab pays en-dehors \u00bb, pour employer le mot du sociologue fran\u00e7ais G\u00e9rard Barth\u00e9l\u00e9my. Et c\u2019est justement cet \u00ab univers rural ha\u00eftien \u00bb qui a \u00e9t\u00e9 le principal t\u00e9moin de ses premi\u00e8res amours, de ses premi\u00e8res joies. De ses premi\u00e8res d\u00e9ceptions. De ses premiers soucis. De ses premi\u00e8res r\u00e9voltes aussi. Autant de sentiments qui feront de lui ce qu\u2019il est devenu depuis le tournant de ses 14 ans : un barde de la paysannerie ha\u00eftienne. Et plus tard, un barde national !<\/p>\n<p>Ronald, pur produit des d\u00e9cennies 1960 et 1970, est issu d\u2019une \u00e9poque difficile, d\u2019un \u00ab temps d\u00e9raisonnable \u00bb sociopolitiquement pour l\u2019artiste de chez nous, fut-il musicien, peintre, sculpteur ou po\u00e8te. De ce temps, dont il a \u00e9t\u00e9 un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9, il a su humer les moindres silences, les moindres soupirs et les moindres regrets. Et ce sont ces \u00e9lans cisel\u00e9s avec une \u00e9motion tr\u00e8s profonde et un art consomm\u00e9 qu\u2019il nous pr\u00e9sente, sous forme de po\u00e9sie faite de fa\u00e7on r\u00e9solument ha\u00eftienne, dans 36, rue Saint-Charles. Comme l\u2019atteste clairement cette merveilleuse plaquette, et vous l\u2019en jugerez vous-m\u00eame \u00e0 la lecture des trente-trois morceaux qui s\u2019y trouvent, notre po\u00e8te fait sans conteste partie de ceux que l\u2019auteur de Comp\u00e8re G\u00e9n\u00e9ral Soleil a appel\u00e9s des \u00ab enfants de l\u2019avenir \u00bb. Tout, en effet, bouleverse Ronald dans le \u00ab <em>pays en dehors<\/em> \u00bb, laiss\u00e9 orphelin par le drame du Pont-Rouge ! Et il a tout boulevers\u00e9 sur son chemin, jouant m\u00eame avec hardiesse son r\u00f4le de griot, fa\u00e7onnant de sa belle plume l\u2019avenir de notre soci\u00e9t\u00e9, alors qu\u2019il cajole encore l\u2019adolescence. Quel noble c\u0153ur !<\/p>\n<p>Certainement, Gona\u00efves a \u00e9t\u00e9 la ville o\u00f9 Ronald a joui pour la premi\u00e8re fois du sourire du soleil. Cependant, Doland, section communale de Terre-Neuve o\u00f9 sont n\u00e9s ses parents, est ind\u00e9niablement le sol o\u00f9 il a trouv\u00e9 cette douce s\u00e8ve qui a fait de lui le \u00ab N\u00e8gre fondamental \u00bb, le \u00ab <em>N\u00e8gre authentique<\/em> \u00bb que nous fera d\u00e9couvrir et appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur 36, rue Saint-Charles. En un mot, ses vacances pass\u00e9es \u00e0 cette contr\u00e9e hospitali\u00e8re allaient insuffler dans son \u00e2me cette po\u00e9sie purement ha\u00eftienne qu\u2019il nous a offerte dans ce beau recueil.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Doland, dans ce pays situ\u00e9 en dehors de \u00ab La R\u00e9publique de Port-au-Prince \u00bb, que Ronald, cet \u00ab <em>enfant de l\u2019avenir<\/em> \u00bb, a d\u00e9couvert et observ\u00e9 la paysannerie ha\u00eftienne. Ce sont les soirs frais et discrets de cette adorable localit\u00e9, de concert avec les nuits gona\u00efviennes, ces nuits remplies de rythmes merveilleux de tambour, de kata et de trompettes de Sainte Rose et de la Branche Aimable Geffrard, qui ont recel\u00e9 dans son \u00eatre tant de myst\u00e8res multis\u00e9culaires. Et, gr\u00e2ce \u00e0 ces enseignements secrets, il reproduira fid\u00e8lement de notre peuple \u00ab les types et les sc\u00e8nes essentielles, les m\u0153urs, les coutumes, les croyances, la morale\u2026 \u00bb et \u00ab en a chant\u00e9 les beaut\u00e9s, les luttes, les drames \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est en octobre 1977 que j\u2019ai vu Ronald Jean-Baptiste pour la premi\u00e8re fois. Il venait, avec Jean-Jacques St\u00e9phen Alexis, fils du c\u00e9l\u00e8bre romancier Jacques St\u00e9phen Alexis, prendre place en classe de Seconde au Nouveau Coll\u00e8ge Bird. La quarantaine d\u2019\u00e9l\u00e8ves de cette promotion a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e par de brillants professeurs tels que\u00a0Rosny Desroches, G\u00e9rard Mentor Laurent, Edner Saint Victor, Marie Odette Tavernier Smith, Jean Narcisse, etc.<\/p>\n<p>Ronald et moi, nous nous sommes li\u00e9s d\u2019amiti\u00e9 le jour m\u00eame de la rentr\u00e9e des classes dans la cour de r\u00e9cr\u00e9ation. Un doux courant a rapidement pass\u00e9 entre nous et il s\u2019est tiss\u00e9 spontan\u00e9ment entre nous un lien amical, voire fraternel. En effet, d\u00e8s notre premi\u00e8re conversation, nous avons d\u00e9couvert qu\u2019au moins trois solides maillons d\u2019une m\u00eame cha\u00eene nous unissaient. D\u2019abord, comme lui, je suis de souche gona\u00efvienne, par mes parents paternels. En suite, comme lui \u00e9galement, je subis l\u2019ivresse de la Muse. Finale ment, nous partageons un amour d\u00e9mesur\u00e9 pour les valeurs traditionnelles ha\u00eftiennes et une profonde r\u00e9v\u00e9rence envers l\u2019Afrique, notre \u00ab\u00a0m\u00e8re nourrici\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le lendemain, Ronald soumet \u00e0 mon appr\u00e9ciation un cahier contenant une vingtaine de ses po\u00e8mes. \u00c0 leur lecture, je ne peux en croire mes yeux. Chacun d\u2019eux est un chef-d\u2019\u0153uvre\u00a0! Devant ces merveilles, je tremble \u00e0 l\u2019id\u00e9e de lui faire voir mes vers, que je lui promets quand m\u00eame de lui apporter.<\/p>\n<p>Circonspect et prudent, je lui confie le lendemain trois ou quatre de mes po\u00e8mes que l\u2019un de mes mentors, Dr Carlo D\u00e9sinor et ma marraine, la grande \u00e9ducatrice gona\u00efvienne Conceptia Louis, avaient d\u00e9j\u00e0 accueillis tr\u00e8s favorablement. Cependant, pour adoucir mon inqui\u00e9tude, je dissimule mon identit\u00e9 r\u00e9elle \u00e0 l\u2019aide d\u2019un pseudonyme. Assis \u00e0 une certaine distance, je l\u2019observe qui les lit d\u2019un air approbateur, n\u00e9gligeant un peu l\u2019expos\u00e9 d\u2019un de nos professeurs. Au cours d\u2019une heure creuse, il se dirige enthousiasm\u00e9 vers le banc que Wickny Salo mon et moi partageons et me dit en b\u00e9gayant \u00e0 peu pr\u00e8s ceci: \u00ab\u00a0Wow\u00a0! Ce\u2026ce po\u00e8te est superbe. Est\u2026 Est-il un ami \u00e0 toi\u00a0?\u00a0\u00bb Devant ce compliment, je pousse un \u00ab\u00a0ouf\u00a0\u00bb de soulagement, souris furtivement et lui avoue que c\u2019est moi l\u2019auteur.<\/p>\n<p>Et depuis lors, se sont cr\u00e9\u00e9es entre nous une admiration mutuelle, une certaine complicit\u00e9 et une sinc\u00e8re amiti\u00e9. En classe, lui et moi \u00e9tions tellement proches que notre professeur de chimie et de physiologie, Alphonse Saint Louis, nous appelait l\u2019un et l\u2019autre \u00ab Saint-Jean-Baptiste \u00bb. Et les ann\u00e9es ont encore mieux soud\u00e9 notre amiti\u00e9 tant et si bien que, quelques ann\u00e9es plus tard, il me demandait de porter son fils Guivenchy sur les fonts baptismaux.<\/p>\n<p>Depuis les bancs du Coll\u00e8ge Bird, j\u2019importune Ronald en lui demandant de publier ses po\u00e8mes. Cependant, cela n\u2019a pu se faire, car en 1980, imm\u00e9diatement apr\u00e8s le bac, il a quitt\u00e9 Ha\u00efti pour Washington, D.C. en vue de faire ses \u00e9tudes universitaires et de joindre peu apr\u00e8s la Marine am\u00e9ricaine. Nos rencontres et nos correspondances devinrent de plus en plus espac\u00e9es. Cependant, chaque fois que nous avions la chance de converser, je lui parlais de ses po\u00e8mes comme si je lui demandais des nouvelles de mon filleul ou d\u2019un autre membre de sa famille.<\/p>\n<p>Quelle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ma d\u00e9ception quand j\u2019ai appris qu\u2019il les avait tous \u00e9gar\u00e9s\u00a0! C\u2019\u00e9tait comme si j\u2019avais perdu une partie de moi m\u00eame, car jusqu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, je connaissais encore par c\u0153ur certains passages de ces petits joyaux. Et tr\u00e8s souvent, il m\u2019arrivait m\u00eame d\u2019utiliser certains de ses vers dans la r\u00e9daction de certains de mes articles sur notre culture, en particulier sur notre musique populaire.<\/p>\n<p>Plus de trente ans se sont \u00e9coul\u00e9s sans que je relise un seul texte de Ronald. Cependant, le 6 octobre dernier (2018), \u00e0 ma plus grande joie, il m\u2019a appris qu\u2019un ami \u00e0 qui il avait pass\u00e9 certaines de ses pi\u00e8ces les lui a retourn\u00e9es. Imm\u00e9diatement, il me les envoie par courrier \u00e9lectronique. Je les relis avec la m\u00eame \u00e9motion que j\u2019avais ressentie 40 ans plus t\u00f4t. Et ce qui m\u2019a surtout agr\u00e9ablement surpris, c\u2019est que ces po\u00e8mes compos\u00e9s depuis si longtemps laissaient l\u2019impression d\u2019une \u0153uvre r\u00e9cente. Je me suis mis alors \u00e0 revivre certaines de nos heures d\u2019innocence pass\u00e9es au pays natal, pendant que nous r\u00eavions d\u2019une Ha\u00efti meilleure.<\/p>\n<p>Ce qui pla\u00eet le plus chez Ronald, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas eu \u00e0 rechercher \u00ab une originalit\u00e9 de sur face et factice \u00bb, selon le mot d\u2019Etzer Vilaire. Ses vers repr\u00e9sentent une r\u00e9v\u00e9lation sinc\u00e8re et spontan\u00e9e de l\u2019\u00e2me ha\u00eftienne. Po\u00e8te t\u00eatu et rebelle, il a refus\u00e9 de d\u00e9naturer son \u00e2me afin de pouvoir nous pr\u00e9senter une \u0153uvre typiquement ha\u00eftienne. En un mot, ce magicien des vers n\u2019est pas all\u00e9 se promener au bord de la Seine pour rechercher son inspiration. Il l\u2019a plut\u00f4t trouv\u00e9e comme par enchantement sur les rives de l\u2019Artibonite. En un mot, rien d\u2019exotique ne viendra m\u00e2churer son \u0153uvre, jouissant de la douce s\u00e8ve que seuls peuvent communiquer les g\u00e9nies de notre race.<\/p>\n<p>36, rue Saint-Charles fait office de manifeste, car ce recueil assaisonn\u00e9 du piment artibonitien exprime de fa\u00e7on claire le d\u00e9fi que l\u2019auteur a lanc\u00e9 \u00e0 tous ceux et celles qui croyaient r\u00e9volue l\u2019\u00e8re de l\u2019authenticit\u00e9. Et Ronald s\u2019est acquitt\u00e9 de cette t\u00e2che avec une \u00e9motion vive, une imagination ing\u00e9nieuse et surtout une originalit\u00e9 contagieuse. Encore adolescent, le po\u00e8te a ressenti ce boukan int\u00e9rieur allum\u00e9 un soir sous les tonnelles de Doland ou dans d\u2019autres\u00a0lakou de l\u2019historique et mystique Artibonite.<\/p>\n<p>Et comme cette flamme inextinguible de Sol\u00e9 lui a br\u00fbl\u00e9 le c\u0153ur\u00a0! Et comme ce serait regrettable si son c\u0153ur n\u2019avait pas tressailli en \u00e9coutant la voix des anc\u00eatres\u00a0! Donc, bon enfant, \u00ab\u00a0 enfant de l\u2019avenir\u00a0\u00bb, il a ob\u00e9i sans chanter de longues et st\u00e9riles litanies. Aussi, pour peaufiner ses vers, on dirait qu\u2019il a emprunt\u00e9 le pinceau d\u2019Hector Hyppolite ou de Dieu donn\u00e9 C\u00e9dor que Jacques St\u00e9phen Alexis avait appel\u00e9 en janvier 1958 \u00ab le peintre du peuple\u00bb.<\/p>\n<p>Au lieu donc de nous d\u00e9crire des sc\u00e8nes \u00e9trang\u00e8res, Ronald a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 tourner obstin\u00e9ment ses regards et sa plume, cette \u00ab\u00a0arme miraculeuse\u00a0\u00bb, vers la paysannerie ha\u00eftienne, vers cette masse d\u2019hommes et de femmes marginalis\u00e9es depuis l\u2019assassinat, le 17 octobre 1806, du glorieux fondateur de notre nation. De ce fait, Ronald Jean-Baptiste est \u00ab le po\u00e8te de la paysannerie ha\u00eftienne \u00bb ou simplement \u00ab\u00a0<em>le po\u00e8te du peuple<\/em>\u00a0\u00bb. Il l\u2019est, en effet, quand, par exemple, il a fait dire<\/p>\n<ul>\n<li>[\u2026] <em>mon fardeau est trop lourd Mes deux pieds dans le sac, car c\u2019est moi qu<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Et c\u2019est moi qui r\u00e9ponds.<\/p>\n<p>On dirait que Ronald a r\u00e9pondu pr\u00e9sent \u00e0 chaque rendez-vous de la paysannerie. En effet, 36, rue Saint-Charles porte l\u2019empreinte de ces folles heures pass\u00e9es dans les konbit organis\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans les bourgades de Terre-Neuve ou au bord des rivi\u00e8res cristallines de cette terre magique. L\u2019auteur s\u2019est baign\u00e9 avec ce petit peuple. Il a fait du paysan l\u2019essence de sa lutte. Il en a fait une obsession, voire un culte. Ce sont d\u2019ailleurs ces paysans de Terre-Neuve, surtout Man Pr\u00e9 et Ton Bo, qui lui ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s multiples secrets de notre terre sacr\u00e9e. Il nous rappellera que\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Les feuilles ont des secrets que la Maison-Blanche elle-m\u00eame ignore. Dans le konbit Si tu as vid\u00e9 ton assiette trop vite<\/li>\n<li>Le soir venant, le ventre perd la raison.<\/li>\n<li>Fais bouillir un kachiman, un grain de sel&#8230;<\/li>\n<\/ul>\n<p>36, rue Saint-Charles, est aussi le reflet de la fin des ann\u00e9es 1970 de chez nous qui refusons de partir. Et Ronald nous a fait vivre ce reflet apr\u00e8s avoir merveilleusement \u00abapprivois\u00e9, avec des mots de France, ce c\u0153ur qui lui est venu du S\u00e9n\u00e9gal \u00bb, pour reprendre ce vers du grand po\u00e8te L\u00e9on Laleau. En outre, il a fait \u00e9panouir ce c\u0153ur sous les \u00e9toiles de Doland et sous le soleil de \u00ab <em>La terre sal\u00e9e<\/em> \u00bb.\u00a0 Chwal, kazak, konbit, grand midi sonnant, vonvon, nez trip\u00f2t, jumeaux de ma s\u0153ur\u2026sont, par exemple, les mots et expressions de chez nous qu\u2019il choisit pour nous peindre nos us et coutumes. Et il le fait avec aisance et ing\u00e9niosit\u00e9, pour avoir \u00e9t\u00e9 tellement attentif au cri de nos courageux paysans.<\/p>\n<p>T\u00eatu, Ronald a renvers\u00e9 tous les tabous qu\u2019avaient dress\u00e9s sur son chemin les Fr\u00e8res de l\u2019Instruction chr\u00e9tienne. Par exemple, que va, en effet, chercher cet adolescent form\u00e9 selon les pr\u00e9ceptes rigoureux des religieux de Cyr Guillo chez un ougan, chez un Wozanf\u00e8 Lanf\u00e8 ? Or, le jeune barde est de foi catholique apostolique romaine! Simple est la r\u00e9ponse. C\u2019est qu\u2019il a foi. Il a foi, une foi ardente en l\u2019avenir. C\u2019est un v\u00e9ritable \u00ab enfant de l\u2019avenir \u00bb. Point barre ! Dans \u00ab\u00a0<em>La revanche des lwa<\/em>\u00bb, on voit un po\u00e8te nostalgique de l\u2019Afrique, notre Alma mater. Il s\u2019insurge alors contre<\/p>\n<ul>\n<li><em>La religion des blancs nourrissait vos esprits.<\/em><\/li>\n<li>C\u2019est la m\u00eame tendance dans \u00ab<em>Le temple et l\u2019ogatwa<\/em>\u00bb. Il avoue \u00eatre victime du syncr\u00e9tisme religieux quand<\/li>\n<li><em>une lutte supr\u00eame entre ces deux puissances.<\/em><\/li>\n<li><em>D\u00e9vore mes pens\u00e9es chaque fois dans le noir.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Ah\u00a0! c\u2019est sans doute dans le noir qu\u2019a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2me de son \u00e2me la pi\u00e8ce \u00ab <em>Nos zombis<\/em> \u00bb. Il l\u2019a sculpt\u00e9e comme pour agacer les \u00ab\u00a0<em>chers fr\u00e8res\u00a0<\/em>\u00bb en s\u2019\u00e9cartant des normes qu\u2019il avait re\u00e7ues d\u2019eux. Accepter ce compromis aurait fait sans doute de lui, et il le sait bien, un \u00ab <em>\u00e9tranger \u00e9gar\u00e9 sur la terre d\u2019Ha\u00efti<\/em> \u00bb. \u00ab<em>Comme le Saint-Esprit, invisible et partout<\/em>\u00bb, dit-il, \u00ab <em>de nos zombis<\/em> \u00bb. C\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 typiquement ha\u00eftienne, voire artibonitienne qu\u2019on entend parler \u00ab\u00a0<em>\u00e0 l\u2019ang\u00e9lus<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 Doland ou \u00e0 Figuier ou dans les rues gona\u00efviennes au retour d\u2019un koudyay anim\u00e9 par les orchestres \u00abVolcan\u00bb et \u00ab<em>Simbie<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Ronald a \u00e9galement jou\u00e9 le r\u00f4le de \u00ab <em>professeur d\u2019id\u00e9al<\/em> \u00bb que r\u00e9clame de tout artiste le g\u00e9nial cr\u00e9ateur de Romancero aux \u00e9toiles. Et il l\u2019a rempli de fa\u00e7on agr\u00e9able, \u00e9patante et opini\u00e2trement ha\u00eftienne dans ses \u00ab <em>Le\u00e7ons \u00e0 ma fille <\/em>\u00bb. Par exemple, dans \u00ab<em>Tu sauras<\/em>\u00bb, la douzi\u00e8me le\u00e7on, il a utilis\u00e9 pour cela un vieux conte paysan, une le\u00e7on de sagesse.<\/p>\n<p>Sans aucun doute, la post\u00e9rit\u00e9 fera un accueil tr\u00e8s favorable \u00e0 36, rue Saint-Charles, car son auteur s\u2019est distingu\u00e9 comme un po\u00e8te \u00e9minemment talentueux et ha\u00eftien qui a conf\u00e9r\u00e9 un rang honorable \u00e0 notre paysannerie. Cette \u0153uvre, vibrante palpitation de l\u2019\u00e2me ha\u00eftienne, sinon de l\u2019\u00e2me n\u00e8gre, fera de Ronald Jean-Baptiste l\u2019un des po\u00e8tes authentiques de sa g\u00e9n\u00e9ration et peut-\u00eatre m\u00eame de notre litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Toute la gloire reviendra \u00e0 Dieu et \u00e0 nos valeureux h\u00e9ros qui, aux Gona\u00efves, le 1erjanvier 1804, dans la dignit\u00e9 et dans la bravoure, au prix de leur sang et de leur sueur, ont plac\u00e9 Ha\u00efti dans le concert des nations. Et c\u2019est ce coin de terre qui a vu na\u00eetre des po\u00e8tes authentiques et patriotes tels qu\u2019Oswald Durand, \u00c9mile Roumer, Roussan Camille, Carl Brouard, Jacques Roumain, Ren\u00e9 D\u00e9pestre et d\u2019autres qui ont inspir\u00e9 cet humble fils n\u00e9 au 36, rue Saint-Charles, aux Gona\u00efves, que Manmie Herodia et Ton Leclerc avaient baptis\u00e9\u2026 Ronald Jean-Baptiste !<\/p>\n<p>Louis Carl Saint-Jean <a href=\"mailto:louiscarlsj@yahoo.com\">louiscarlsj@yahoo.com<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>cet article est publi\u00e9 par l\u2019hebdomadaire Ha\u00efti-ObservateurN0. 21, \u00e9dition du 22 mai 2019 et se trouve en <strong>P. 1, 7<\/strong> \u00e0\u00a0: <a href=\"http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/H-O-22-mai-2019.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/H-O-22-mai-2019.pdf<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LITT\u00c9RATURE ET PO\u00c9SIE \u00ab 36, Rue Saint-Charles \u00bb du po\u00e8te Ronald Jean-Baptiste Par Louis Carl Saint-Jean Ronald Jean-Baptiste, qui a pouss\u00e9 son premier cri au 36 de la rue Saint-Charles, aux Gona\u00efves, la fi\u00e8re Cit\u00e9 de notre Ind\u00e9pendance, est un&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4051,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[25,31],"tags":[420,983,1024,1056,1088,1243,1430,1636,1653,2087,2093],"class_list":["post-4047","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-haiti","category-litterature","tag-carlo-desinor","tag-geffrard","tag-gonaivienne","tag-griot","tag-haiti-observateur","tag-jean-narcisse","tag-litterature","tag-morale","tag-musicien","tag-ronald-jean-baptistee","tag-rosny-desroches"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4047","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4047"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4047\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4047"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4047"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4047"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}