{"id":3685,"date":"2019-03-27T13:35:06","date_gmt":"2019-03-27T17:35:06","guid":{"rendered":"http:\/\/haiti-observateur.ca\/?p=3685"},"modified":"2019-03-27T13:35:06","modified_gmt":"2019-03-27T17:35:06","slug":"encore-deux-mots-a-madame-mirlande-manigat-par-charles-dupuy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/haiti-observateur.news\/?p=3685","title":{"rendered":"Encore deux mots \u00e0 Madame Mirlande Manigat par Charles Dupuy"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\"><strong>Encore deux mots \u00e0 Madame Mirlande Manigat<\/strong> <em>par Charles Dupuy<\/em><\/span><\/p>\n<ul style=\"text-align: left;\">\n<li><span style=\"color: #000000;\"><strong>COIN DE L\u2019HISTOIRE<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Dans l\u2019article que Madame Mirlande Manigat a consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019affaire de la Consolidation, j\u2019ai pu relever deux erreurs historiques que je me fais le devoir de signaler ici dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du public. Il faut comprendre que Madame Manigat est une professeur d\u2019universit\u00e9 dont l\u2019autorit\u00e9 intellectuelle qu\u2019elle exerce sur les cat\u00e9gories cultiv\u00e9es de chez nous ne fait aucun doute. Aussi, laisser sans r\u00e9ponse ces deux \u00e9carts historiques serait en quelque sorte les valider aux yeux du public, du jeune public en particulier.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Voici donc la premi\u00e8re de ces deux erreurs qui se sont gliss\u00e9es sous la plume de Madame Manigat. Quand elle \u00e9crit: \u00ab La gen\u00e8se de ces pr\u00e9carit\u00e9s [\u00e9conomiques d\u2019Ha\u00efti] oblige \u00e0 rappeler les exigences de l\u2019Ordonnance de Charles X de 1825, aux termes desquels l\u2019\u00c9tat ha\u00eftien a d\u00fb accepter, comme prix de la reconnaissance de l\u2019ind\u00e9pendance, le paiement de 150 millions de francs-or \u00bb, elle laisse entendre qu\u2019Ha\u00efti a d\u00fb payer 150 millions de francs-or \u00e0 la France. C\u2019est une erreur. En r\u00e9alit\u00e9, la fameuse dette de l\u2019ind\u00e9pendance s\u2019\u00e9levait \u00e0 60millions de francs-or. Voyons comment. Il faut d\u2019abord savoir que le 4 juillet 1825 le baron de Mackau d\u00e9bouchait dans la rade de Port-au-Prince \u00e0 la t\u00eate d\u2019une escadre de treize navires pointant 528 canons sur la ville afin de forcer le gouvernement ha\u00ef- tien \u00e0 ratifier les termes de l\u2019Ordonnance de Charles X, \u00aboctroyant \u00bb (sic) l\u2019ind\u00e9pendance aux Ha\u00eftiens moyennant le paiement de 150 millions de francs-or. (Comme il l\u2019\u00e9crira plus tard, Mackau entendait qu\u2019Ha\u00efti \u00ab devienne une province de la France rapportant beaucoup et ne co\u00fbtant rien \u00bb) Malgr\u00e9 les objurgations du g\u00e9n\u00e9ral Bonnet, son ministre de la Guerre, le pr\u00e9sident Jean-Pierre Boyer, pr\u00e9f\u00e9ra ratifier l\u2019entente. C\u2019\u00e9tait, dira Boyer, dans l\u2019intention d\u2019\u00e9pargner \u00e0 la nation les malheurs de la guerre, d\u2019assurer la stabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure du pays. Toutefois, cette capitulation souleva un tel toll\u00e9 que les garnisons du Nord et la Garde pr\u00e9sidentielle elle-m\u00eame menac\u00e8rent de se rebeller. L\u2019impopularit\u00e9 de la d\u00e9cision fut si vive que Boyer, mesurant l\u2019ampleur de sa fausse man\u0153uvre diplomatique, pr\u00e9f\u00e9ra n\u00e9gocier avec les autorit\u00e9s fran\u00e7aises un all\u00e8gement des indemnit\u00e9s. Arriv\u00e9 sur le tr\u00f4ne de France, Louis-Philippe annula l\u2019Ordonnance de 1825, reconnut Ha\u00efti comme un \u00c9tat libre et souverain et r\u00e9duisit le montant des r\u00e9parations \u00e0\u2026 soixante millions. C\u2019\u00e9tait le 12 f\u00e9vrier 1838.Il ne faudra pas moins de cinquante ans (un demi-si\u00e8cle tout rond) \u00e0 la R\u00e9publique d\u2019Ha\u00efti pour liquider la dette de l\u2019ind\u00e9pendance. En effet, c\u2019est en 1885, sous la pr\u00e9sidence de Lysius F\u00e9licit\u00e9 Salomon, que fut \u00e9teinte cette fameuse dette dans son int\u00e9gralit\u00e9. Je le r\u00e9p\u00e8te, la dette de l\u2019ind\u00e9pendance fut effac\u00e9e en 1885, sous Salomon, et non pas en 1947, comme le r\u00e9p\u00e8tent trop souvent ceux qui confondent la dette de l\u2019ind\u00e9pendance et celle de 1922 contract\u00e9e aupr\u00e8s des banquiers de Wall Street pendant l\u2019Occupation am\u00e9ricaine, la- quelle dette fut acquitt\u00e9e en 1947 apr\u00e8s une m\u00e9morable campagne men\u00e9e sous le gouvernement d\u2019Estim\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Si j\u2019ai insist\u00e9 sur la question, c\u2019est parce que depuis quelques ann\u00e9es, en Ha\u00efti, une certaine opinion r\u00e9clame de la France le remboursement de la dette de l\u2019Ind\u00e9pendance, mais encore faut-il conna\u00eetre le montant exact de la somme qu\u2019il nous faut aller revendiquer aupr\u00e8s des fonctionnaires parisiens. Soixante millions de francs-or, voil\u00e0 la somme que, rubis sur l\u2019ongle, nous avons pay\u00e9e \u00e0 la France, le montant total certifi\u00e9 de cet \u00e9touffant carcan financier, de cette contrainte \u00e9conomique infamante et qui explique pour une bonne part le sous-d\u00e9veloppement d\u2019Ha\u00efti.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Plus loin dans son article, Madame Manigat \u00e9crit: \u00ab (&#8230;) au d\u00e9but du 19e si\u00e8cle, Ha\u00efti subissait les effets de la diplomatie des canonni\u00e8res dont d\u2019ailleurs elle avait fait l\u2019humiliante exp\u00e9rience avec une s\u00e9rie d\u2019affaires : Maunder en 1866, Batsch en 1872, et r\u00e9cemment, l\u2019affaire Luders entra\u00eenant le sabordage de la Cr\u00eate-\u00e0-Pierrot par l\u2019amiral Killick \u00bb. Disons tout simplement que l\u2019affaire Luders se d\u00e9roula en 1897 \u00e0 Port-au-Prince et que l\u2019amiral Killick aura fait sauter la Cr\u00eate-\u00e0-Pierrot dans la rade des Gona\u00efves en 1902. Donc cinq ans plus tard. Les deux affaires n\u2019\u00e9tant li\u00e9es en aucune fa\u00e7on. Il faut savoir ici que Killick avait pris fait et cause pour Ant\u00e9nor Firmin lors de la guerre civile de 1902, et c\u2019est ainsi qu\u2019il intercepta dans le canal de Saint-Marc un navire allemand, le Markomannia, dont il confisqua la cargaison d\u2019armes destin\u00e9es \u00e0 la garnison du Cap qu\u2019il transportait dans sa cale. D\u00e9clar\u00e9e pirate par Port-au-Prince, la Cr\u00eate-\u00e0-Pierrot allait \u00eatre arraisonn\u00e9e par un cuirass\u00e9 allemand, le M.S Panther, quand l\u2019amiral Killick, afin d\u2019\u00e9pargner \u00e0 sa canonni\u00e8re le d\u00e9shonneur de la capture, pr\u00e9f\u00e9ra se faire sauter avec son navire. Ce sabordement spectaculaire marquait aussi la fin des derniers espoirs de victoire pour Firmin d\u00e9pourvu d\u00e8s lors de tout moyen militaire efficace dans sa guerre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Quant \u00e0 l\u2019affaire Luders, je rappelle qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 Port-au-Prince en 1897 juste apr\u00e8s la condamnation du citoyen \u00c9mile Luders par le Tribunal de Paix et la Chambre correctionnelle. Le 6 d\u00e9cembre 1897, deux navires-\u00e9coles de la flotte allemande, la Charlotte et le Stein, entraient dans la baie de Port-au-Prince, afin de r\u00e9- clamer une indemnit\u00e9 de vingt mille dollars, des excuses \u00e0 monsieur Luders et un salut de vingt-et-un coups de canon au drapeau imp\u00e9rial allemand. Signalons que c\u2019est justement la Cr\u00eate-\u00e0-Pierrot qui tira cette salve de vingt-et-un coups de canon \u00e0 laquelle r\u00e9pondirent les navires allemands.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">Puisque nous parlons d\u2019\u00c9mile Luders, disons, pour finir, que cet homme, qui \u00e9tait de p\u00e8re allemand, mais de m\u00e8re ha\u00eftienne, est revenu en Ha\u00efti apr\u00e8s la fameuse affaire pour s\u2019\u00e9tablir de nouveau \u00e0 Port-au-Prince et prosp\u00e9rer dans le commerce. Un de mes vieux amis m\u2019a racont\u00e9 comment, pouss\u00e9 par la curiosit\u00e9, il est all\u00e9 lui-m\u00eame dans le magasin de Luders, \u00e0 la Grand-Rue. Et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il a vu un vieil homme assis \u00e0 son bureau qui, paisiblement, brassait des affaires. C\u2019\u00e9tait \u00c9mile Luders. C\u2019\u00e9tait dans les ann\u00e9es 1950.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">coindelhistoire@gmail.com (450) 444-7185 \/ (514) 862- 7185<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #000000;\">cet article est publi\u00e9 par l&rsquo;hebdomadaire Ha\u00efti-Observateur, \u00e9dition du 27 mars 2019, et se trouve \u00e0 <strong>P.14<\/strong> :\u00a0<a style=\"color: #000000;\" href=\"http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/H-O-27-march-2019.pdf\">http:\/\/haiti-observateur.ca\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/H-O-27-march-2019.pdf<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Encore deux mots \u00e0 Madame Mirlande Manigat par Charles Dupuy COIN DE L\u2019HISTOIRE Dans l\u2019article que Madame Mirlande Manigat a consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019affaire de la Consolidation, j\u2019ai pu relever deux erreurs historiques que je me fais le devoir de signaler&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3676,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[53,21,25,31],"tags":[146,459,834,904,931,986,1088,1395,1450,1528,1614,1784,2208,2397],"class_list":["post-3685","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cdupuy","category-europe","category-haiti","category-litterature","tag-amiral-killick","tag-charles-dupuy","tag-erreur","tag-firmin","tag-franc-or","tag-genese","tag-haiti-observateur","tag-le-stein","tag-luders","tag-maunder","tag-mirlande-manigat","tag-panther","tag-souverain","tag-wall-street"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3685","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3685"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3685\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3685"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3685"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/haiti-observateur.news\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3685"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}